LE PERIGORD INSOLITE

LE PERIGORD INSOLITE

A LA POURSUITE DU NOEUD DE SALOMON

A LA POURSUITE DU NOEUD DE SALOMON


Depuis la plus haute Antiquité l'Homme a exprimé ses plus
fondamentales et intimes convictions morales, religieuses ou
ésotériques par la gravure directe sur les roches naturelles ou les
pierres de construction. Ainsi les hommes préhistoriques ont-ils laissé
de passionnants messages dans les cavernes, les premiers chrétiens dans
leurs catacombes, les compagnons maçons sur les pierres de taille au moyen
des marques de tacherons et les Templiers dans leurs prisons (comme à
Domme ou à Chinon). Serge Avrilleau, accompagné de ses collaborateurs, est
parti à la poursuite du "Noeud de Salomon", étrange et mystérieux graffiti
à caractère initiatique, secret et symbolique, étourdissant méandre d'
entrelacs réalisable seulement par les grands maitres du graphisme le
plus élaboré, à l'aide de fins compas et que l'on retrouve aux quatre
coins de l'hexagone, sur les monuments les plus divers, et bien au delà
en Europe, jusqu'en Palestine. Un périple passionnant à la
poursuite d'un graffiti mystérieux, sur les traces de ...
l'Eternité !

LE NOEUD DE SALOMON

 

Cette étude rassemble les travaux et recherches de Serge Avrilleau et Jean Vives qui avaient travaillé depuis plusieurs années sur le même sujet et ont décidé de mettre en commun leurs observations et leurs réflexions. Au cours de leurs recherches, les deux chercheurs qui s'intéressaient à toutes les inscriptions et à tous les graffitis observés sur les monuments anciens et notamment sur les églises romanes, les chapelles ou les châteaux, avaient été intrigués par un superbe dessin, très complexe et d'une réalisation particulièrement difficile, qui se retrouvait assez fréquemment pour ne pas être le fruit du hasard ni l'œuvre d'un passant désoeuvré.

Dans sa version la plus simple il s'agit de deux anneaux imbriqués et enlacés, indépendants. Dans sa forme évoluée, ces deux anneaux comportent plusieurs brins, torons ou lignes qui se comptent jusqu'à 7. Et dans sa forme la plus élaborée, le nœud de Salomon est composé de lignes imbriquées qui se poursuivent à l'infini sans interruption pour revenir indéfiniment au point de départ. Il paraît évident que ce signe est chargé d'une très haute valeur symbolique et, au premier abord, Serge Avrilleau avait été amené à songer au symbole de l' « infini » et Jean Vives à celui de la « sagesse », de la « puissance » ou de la « protection ». Dans le doute, il convenait d'approfondir les recherches, d'entreprendre ou de poursuivre des inventaires et de rechercher toute la bibliographie possible.

Quelques points de départ étaient déjà acquis: Ce signe très particulier est connu des archéologues et des épigraphistes qui l'attribuent unanimement au roi Salomon car il figure sur les différentes représentations iconographiques de ce monarque et notamment sur le fourreau de son épée, dans une gravure éthiopienne de la bibliothèque nationale à Paris. Mais personne n'explique pourquoi. (Salomon fut roi d'Israël de 970 à 930 avant Jésus-Christ). On observe également la présence fréquente de ce signe dans les mosaïques romaines et sur les murs extérieurs des églises romanes, notamment celles qui jalonnent le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Les deux chercheurs avaient également pensé, au début de leurs recherches, à des signes de reconnaissance compagnonniques mais il s'avérait nécessaire d'en comprendre le sens. Tous deux avaient été intrigués par les nœuds de Salomon très élaborés figurant sur les murs des églises d'Echebrune en Charente-Maritime et d'Audignon dans les Landes. Un autre était signalé par une correspondante de la revue Archéologia (N°265) qu'elle avait observé à La Rochelle et cherchait, elle aussi, des explications.

Dès que les premiers inventaires ont été  cartographiés par Jean Vives, il est apparu que les signes observés se cantonnaient, pour la France, aux abords des côtes maritimes, ce qui suggéra une possible origine en rapport avec les marins qui auraient colporté le dessin et peut-être son symbole au cours de leurs navigations. D'autre part des signes semblables ont été observés dans divers pays d'Europe et les premiers inventaires devaient se répartir de la manière suivante, en tenant compte d'une classification chronologique: (Nœud de Salomon = NDS)

-Epoque proto-historique: NDS gravés sur roches en Catalogne française. D'autres sur les roches du Valcamonica (Italie).

-Culture nordique: NDS sur une broche en Finlande.

-Culture grecque: NDS figurant 12 fois dans une mosaïque de Zeugma, associé à des swastikas. Cette superbe mosaïque relate le mythe ou la légende de Pasiphaé, Dédale, le Minotaure, Ariane et le labyrinthe.

-Civilisation romaine, période paléochrétienne: 34 mosaïques dans les pays suivants: Israël, Italie, France, Sicile, Espagne, Syrie, Albanie, Corse, Angleterre, Turquie, Grèce, Chypre, Liban, Tunisie.

-Tradition Copte: NDS sur tissu dans une tombe en Egypte.

-Civilisation mérovingienne: NDS gravés sur des boucles de ceinturon découvertes sur 14 sites en France, en Bavière, en Hollande, et en Angleterre.

-Civilisation carolingienne: Gravures sur chapiteaux ou éléments d'architecture dans l'Allier et en Dordogne.

-Moyen-Age: Graffitis sur murs d'églises ou de châteaux en France, en Italie, en Espagne, en Russie, en Tunisie et en Angleterre = 17 sites.

-Amérique précolombienne: Peintures corporelles ou peinture sur tissus en Amérique du nord, au Mexique et dans le Tennessee.

-Divers cas particuliers voient le NDS représenté sur des peintures murales, sur des enluminures, sur des vitraux, dans des gravures imprimées = 15 cas en Angleterre, en France, en Italie et en Espagne.

Au début de ses réflexions, Jean Vives pensait que le noeud de Salomon était utilisé dans les mosaïques romaines comme simple décor géométrique sans signification particulière, les romains n'ayant été convertis au christianisme qu'après le règne de Constantin et l'édit de Milan (313). A la suite de nouvelles réflexions et de ses entretiens avec Jean Louis Vatinel (Etude d'art hispano-mauresque), Jean Vives considère que le nœud de Salomon appartient bien à la symbolique chrétienne mais aussi qu'il véhicule sagesse et puissance. Il se fonde particulièrement sur cette miniature rapportée d'Ethiopie par d'Abbadie (Bibliothèque Nationale à Paris) où le roi Salomon, dans le geste de son partage légendaire, brandit une épée décorée de la croix chrétienne et du NDS alternés. (Cette miniature a été réalisée sous la dynastie « Salomonide » (XII°-XVII°) qui revendique pour ancêtre Ménélik, fils du roi Salomon et de la reine de Saba).

Serge Avrilleau, quant à lui, pense que le « nœud tressé » est un signe d'infini et d'éternité connu dès la proto-histoire, adopté par le roi Salomon et par les premiers chrétiens opprimés pour symboliser l'ancien testament. (Il faut noter que ce signe est souvent associé, dans les entrelacs mérovingiens, au prophète Daniel). Les artisans mosaïstes initiés auraient dissimulé ce symbole dans les mosaïques romaines comme un dessin passant simplement pour esthétique et apparemment sans signification. Quand les chrétiens sortirent des catacombes au grand jour ils auraient alors adoptè la croix du christ comme symbole du nouveau testament. Dès l'époque carolingienne le nœud de Salomon n'est plus dissimulé mais se manifeste dans l'architecture pré-romane et romane et poursuit dans le Moyen Age son symbolisme chrétien. Serge Avrilleau observe que certaines gravures (notamment dans l'ouvrage d'Henri Guedoz sur « Un vieux rite médical ») voient le nœud de Salomon décorer l' « Arche d'Alliance » qui était sensée contenir les tables de la Loi (le Décalogue) recueillies par Moïse sur le mont Sinaï (XIIIème s. av. JC, d'après le Pentateuque). Or, comme on le verra plus loin et comme il l'a confirmé dans un courrier, Umberto Sansoni considère le nœud de Salomon comme un symbole d'alliance. Il y a là, sans doute, un bon sujet de réflexion.

Serge Avrilleau et Jean Vives sont également intrigués par la troisième mosaïque de l'église du Michaélion en Syrie qui montre un personnage tirant un âne et accompagné, près de son visage, d'un nœud de Salomon qui semble le désigner comme un chrétien (Archéologia N°136).

Une recherche approfondie a été menée en Angleterre par Violet Pritchard et Sylvia Beamon qui ont observé le nœud de Salomon qu'elles nomment « Swastika Pelta » (*) dans 13 sites pour la plupart religieux, mais aussi sur des mosaïques romano-britanniques ou des fresques romanes. Leur conclusion aboutit à identifier le nœud de Salomon comme un important symbole chrétien. Pritchard pense que Salomon ayant vécu avant l'ère chrétienne, l'attribution qui lui en est faite est une expression populaire sans fondement historique. Pritchard a été très impressionnée par une mosaïque de l'église Sancta Maria Maggiore à Vercelli, en Italie, qui représente le combat d'un éthiopien et d'un chrétien. Ce dernier est accompagné du nœud de Salomon qui semble l'identifier et qui pourrait être Roland.

(*) Il faut noter que le Noeud de Salomon est fréquemment accompagné de peltas, ou peltes (petits boucliers grecs recouverts de cuir, en forme de croissant).

Le chercheur italien Umberto Sansoni a de son côté publié un ouvrage monumental de 250 pages entièrement consacré au «Nodo di Salomoni»  qui identifie le signe en question dans 180 sites dont certains n'étaient pas connus de Serge Avrilleau et Jean Vives mais qui ignore certains autres sites répertoriés par ces deux chercheurs. Ainsi l'inventaire progresse. Umberto Sansoni pense que la forme du NDS a été fortement influencée par la civilisation celte qui a fréquemment utilisé le style des entrelacs. Il pense que les nœuds établissent un lien, une union et attribuent un axe initiatique positif sur l'axe cosmique du cheminement de l'âme humaine. Umberto Sansoni pense que le Nœud de Salomon qui se présente sous la forme d'une tresse fermée peut aussi avoir d'autres significations comme « l'infini » ou « l'éternité » ou encore la « protection » des espaces fermés d'où jaillit l'énergie de la terre et la force vitale. Les circonvolutions du serpent sont également à associer à cette énergie vitale, représentée dans certaines traditions par les entrelacs de serpents enlacés (le « caducée » cher aux professions médicales et pharmaceutiques) ou l' « ouroboros » (serpent qui se mord la queue) symbolisant l'éternel retour cyclique de la régénération de la vie.

Tel était, au début de l'année 2006, l'état de la question et de la réflexion des personnes qui ont bien voulu se pencher sur la signification de cet étrange signe très chargé de symbolisme, dont il reste à déterminer l'origine et le cheminement géographique, chronologique et spirituel.

                      



24/01/2006
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