LE PERIGORD INSOLITE

LE PERIGORD INSOLITE

LA SPELEOLOGIE DE SERGE AVRILLEAU

M A

S P E L E O L O G I E

(par Serge AVRILLEAU

 

CASTERET, MON PREMIER MAITRE

Je suis né en 1933 à Saint-Astier, en Périgord Blanc, d'un père charentais et d'une mère corse. J'ai fréquenté l'école primaire à Saint-Astier, en pleine période de guerre, sur le même banc que Claude Bébéar. Or Saint-Astier possède d'immenses carrières souterraines d'exploitation de la pierre à chaux qui m'ont toujours fasciné. Avant que l'Armée ne s'en empare, on y trouvait même des perles des cavernes et des fossiles du "Campanien" nommés "micraster" (petite étoile); (notez que les gens de Saint-Astier se nomment les "astériens").

J'ai ensuite été interne au collège Saint Joseph de Périgueux, où j'ai connu Jean Pierre Bitard et Guy Mazaudon avec qui nous partagions le goût de l'aventure et particulièrement les récits de Norbert Casteret, d'autant que ce Périgord calcaire regorge de cavernes en tous genres. Nous étions également abonnés à Coeur-Vaillant, très intéressés par les aventures de Tintin. Je devais tout naturellement devenir Louveteau et Scout, sous la férule de Pierre Pommarède, spéléologue et futur président de la Société Historique et Archéologique du Périgord.

 Dans cette institution religieuse j'ai appris le latin et le grec avec l'abbé Bouillon, mais les meilleures distinctions honorifiques que j'aie reçues concernaient l'escrime. J'ai été aussi soliste dans une chorale, dirigée par l'abbé Frappin, filiale des Petits Chanteurs à la Croix de Bois. Les circonstances de cette chorale sont absolument identiques à celles de « La Cage aux Rossignols » (Noël-Noël) et des « Choristes » (Bruno Coulais, Gérard Jugnot). Nous avons enregistré des disques; malheureusement je n'ai jamais pu en retrouver.

 

MES DEBUTS EN SPELEOLOGIE

En 1947, à 14 ans, je passais mes grandes vacances à Grignols où je parcourais la campagne à vélo; Je recherchais mes premiers renseignements sur les grottes visitables. Cette même année je visitais le gouffre de Padirac (mon premier choc souterrain), avec mon oncle corse et l'Aven Armand avec l'abbé Bézac qui deviendra évêque d'Aire/Adour et Dax: Ce gouffre sera l'apothéose dont dépend définitivement ma vocation pour le monde souterrain. En 1949 d'autres visites souterraines m'avaient enthousiasmé: Le Grand Roc, Lascaux, Les Combarelles, puis, lors d'un camp J.E.C. dans les Gorges du Tarn, près de Saint-Rome-de-Dolan: La grotte du Val d'Or;  Participe avec nous Pierre Denis, de Neuvic, avec qui nous passerons ensemble notre examen de premier clerc de notaire, quelques années plus tard, comme Casteret.

 

MA PREMIERE GROTTE

Dès lors j'ai hâte de découvrir le monde souterrain inexploré du Périgord et c'est ainsi que nous décidons, avec Jean Pierre Bitard, d'explorer notre première grotte sauvage, avec un matériel évidemment très rudimentaire: Le 10 septembre 1949 nous choisissons la Grotte du Déroc, à Saint-Léon-sur-l'Isle, qui porte donc le N°1 de notre fichier qui en comptera plus de 2000, un demi-siècle plus tard vers l'an 2000.

André Silvant devant la Grotte du Nègre.

 

LE G.S.A,  le S.C.P, & Bernard PIERRET, MON SECOND MAITRE

Dès 1950 je fonde à Saint-Astier le Groupe Spéléologique Astérien, avec un local administratif et un musée d'échantillons, au-dessus de l'étude notariale familiale, 19 rue Jules Ferry. Souvent seul, j'explore quelques grottes des environs et deux souterrains artificiels. Dès cette année là je sollicite mon adhésion au Spéléo-Club-de-Périgueux et j'ai le grand plaisir d'y être accueilli par Michel François, 102 rue Louis Blanc, spécialisé dans la photo souterraine, qui me présente la nouvelle découverte du SCP: la grotte de Bourg-des-Maisons. J'ai aussi la grande joie de faire la connaissance du Président: Bernard Pierret, mon second maître, envers qui j'ai une admiration définitive et qui vient d'éditer deux ouvrages sur la spéléologie périgourdine. En 1951 se joint à nous André Silvant, arrivant depuis peu de la région parisienne, demeurant près de Montrem et dont les parents tiennent une guinguette sur les bords de l'Isle, à Marsac; A deux nous explorons les grottes et les souterrains de la région. En 1952 nous effectuons ensemble treize explorations souterraines.

LE MAROC

En 1953 nous explorons une quinzaine de grottes nouvelles et trois souterrains. Durant le premier semestre 1954 nous effectuons des « premières » dans trois grottes et en explorons cinq autres. Albert Guglielmini et André Etourneau se sont joints à nous, ainsi que Danilo Grébénart qui deviendra préhistorien professionnel. Mais nos élans sont interrompus par le service militaire obligatoire. Comme nous avons fait la «préparation militaire » nous avons le choix de nos affectations: André Silvant choisit l'Algérie, je choisis le Maroc. En effet, nous avions besoin de changer d'air et, contrairement aux avertissements pessimistes de mon entourage, je trouve au Maroc un pays attachant que je m'évertue à apprécier par ses qualités. A El Hageb, en altitude, où j'effectue mes débuts dans l'armée, le village marocain est à demi troglodytique. Au cours des années 1954 et 1955, malgré les prolongations dues au « maintien de l'ordre », j'effectue quelques explorations marocaines et je ne retourne en France qu'après trente mois de service, souvent mouvementés, particulièrement dans le Rif, mais chargé de souvenirs merveilleux et de quelques films tournés avec une caméra achetée à Meknès. Dans la région de Taza je retrouve les traces de Norbert Casteret.

LA VIE SOUTERRAINE EN PERIGORD

Durant l'année 1956 je me réadapte au monde européen; j'entre aussi dans la profession du notariat, comme Casteret. Ma seule exploration souterraine sera consacrée à la grotte de Vignerac où je retrouve les scouts du père Pommarède. L'année 1957 voit mes activités souterraines reprendre avec vigueur (55 explorations). Je crée une revue de 4 pages destinée à consigner les activités souterraines de mon groupe astérien laborieusement reconstitué. Cette revue nommée "La Vie Souterraine en Périgord" (introuvable) ne paraîtra que trois fois en raison de la découverte faite à la grotte du Terme qui bouleverse nos activités.

LA GROTTE DU TERME et celle de Villars.

Le 16 Octobre 1957, explorant la grotte du Terme, près de Saint-Astier, qui était alors connue sur 60m seulement, je découvre plusieurs centaines de mètres de galeries nouvelles contenant quelques belles concrétions stalagmitiques. A l'affût des événements spectaculaires, la presse s'empare de la découverte, avec notre plein consentement. Le Spéléo-Club de Périgueux réagit et je suis sollicité pour réintégrer le SCP où je fais la connaissance de Jean Bordes et d'autres spéléologues tels que Jacques Lagrange et Gilles Delluc. Pierre Vidal viendra m'aider à topographier la grotte du Terme. Je participe cette année-là aux premières explorations de la grotte de Villars qui dureront plusieurs années jusqu'à ce qu'elle entre dans la célébrité. Et l'avant dernier jour de 1957 nous descendons (discrètement) dans le gouffre des Vitarelles, dans le Lot, qui fera parler de lui en 1999. J'y rencontre l'inimitable et inoubliable Gérard Mouillac, notre guide, qui connaît le causse de Gramat mieux que quiconque.

 

 

SPELEO-DORDOGNE

A la fin de l'année 1957 je fais également la connaissance du géologue Jean-Bernard Chaussier qui me propose de créer un regroupement des spéléologues dispersés dans le département de la Dordogne; Pour fêter mon acceptation sans réserve il me propose une exploration musclée de la rivière souterraine de La Reille, près de Hautefort; C'est à l'issue de cette expédition mémorable que nous éditons deux pages adressées à tous les petits clubs périgourdins que nous proposons de fédérer autour du « Comité de Coordination des Recherches Souterraines ». Ayant reçu quelques réponses favorables et comme j'édite déjà « La Vie Souterraine en Périgord » je propose alors de créer une nouvelle revue à caractère départemental: C'est la naissance de « Spéléo-Dordogne ». J'édite les 4 premiers numéros sous le titre de « Bulletin Inter-Groupes des Spéléo-Club de Dordogne » au moyen d'un duplicateur à « stencyls » tapés à la machine; Je grave le dessin de la couverture et quelques illustrations à l'aide d'une simple épingle. Nous avons une dizaine d'abonnés pour les quatre numéros de l'année 1958, dont: Sautet (de Terrasson), Couturié (de Bergerac), Lasternas (Clan Routier), Delfaud (Cluseaux), Patras (Lozère), Mazet (Gourdon), Chaussier (Périgueux), Avrilleau (St.Astier).

LA GROTTE DE VILLARS et les autres. Mon troisième maître.

Durant l'année 1958 j'effectue 96 explorations souterraines dont les plus marquantes sont la belle grotte de Cougnac (concrétions et peintures préhistoriques), Gabillou (gravures préhistoriques, chez le docteur Gaussen), Bassac (et ses trois étages), Font Cru où les Bitard et leurs amis ont failli disparaître dramatiquement quelques années plus tard), Meyrals (nouvelles gravures), Les Faures à Sorges (où je descends 18m d'échelles avec Jean Bordes, gouffre intéressant qui sera malheureusement comblé par la suite alors qu'il ouvrait accès à un réseau profond de fort calibre), Cheyrat (où je rajoute quelques centaines de mètres aux parties connues), La Messandie où je rencontre Jean Bouchereau) et toujours Villars (au moment où les peintures sont découvertes). Je rencontre alors Jean Lesur (le héros de la rivière souterraine de Padirac). Je fais aussi la connaissance de l'abbé Glory, le célèbre préhistorien qui effectua d'énormes travaux de relevés à Lascaux, que je conduirai à Cheyrat (la plus intéressante grotte de Villamblard) et que j'accompagnerai à La Mouthe (grotte préhistorique près des Eyzies) où nous découvrons de nouvelles peintures, peu de temps avant son accident mortel. Il fut mon troisième maître.

L'abbé Glory à Cheyrat avec Villevégoux et Bernard Pommier (1958)

En 1959 le Spéléo-Club réalise tout l'intérêt de la nouvelle revue que j'édite et accepte de la considérer désormais comme son bulletin officiel et accepte ma proposition de l'intituler « Spéléos de Dordogne » puis « Spéléo-Dordogne ». Désormais cette revue recensera toutes les activités spéléologiques effectuées dans le département et la plupart des spéléologues de la Dordogne adhèrent au SCP. Spéléo-Dordogne, devenu l'un des meilleurs bulletins spéléologiques de France comptera en l'an 2000 plus de 100 numéros, sans compter les hors-série.

En cette année 1959 j'effectue 63 explorations souterraines. Parmi elles il faut noter une intéressante grotte près de Teyjat où je recueille un crustacé amphipode, le « Niphargus », (crevette aveugle) rare fossile vivant qui se révèlera être, après analyse, du type « Ladmirauti ». C'est lors de cette exploration mémorable que l'abbé Landré parcourut un kilomètres sous terre les pieds nus. C'est aussi dans cette grotte que nous avons trouvé la signature de Norbert Casteret, sur une slalagmite, datée de 1937.

LES GOUFFRES ET LES GROTTES

Le bulletin « Spéléo-Dordogne » me prend de plus en plus de temps et j'ai beaucoup moins l'occasion d'aller sous terre. C'est ainsi qu'en 1960 je n'effectue que 14 explorations et, en 1961, année de mon mariage et de la naissance de mon fils Dominique, une seule exploration. Mon premier gouffre (cavité verticale sans intérêt) se situait à Terrasson; j'en avais rapporté de mauvais souvenirs et le Spéléo-Club de Périgueux renforça à cette époque ses expéditions systématiques dans les Pyrénées, ce que je n'approuvais pas personnellement. Je participais cependant à l'expédition de 1962, près de Gourette, d'où je rapportais mon aversion définitive pour les gouffres; ce fut ma seule incursion souterraine pour cette année-là. J'étais fait pour une spéléologie horizontale et périgourdine. J'étais alors Vice-Président du SCP, chargé du bulletin. Je ne visitais que deux grottes en 1963, dont l'une consistait à participer à une fouille préhistorique dans une grotte proche de Saint-Astier que j'avais indiquée au préhistorien Grébénart; Cette fouille sert de référence pour la fin du Néolithique (1720 ans avant Jésus-Christ). A partir de 1963 Bernard Bordier vient d'Angoulême pour m'aider dans la rédaction de Spéléo-Dordogne; A cet effet il achète une propriété à Saint-Astier. En 1964 je peux donc me consacrer davantage à la spéléologie et j'effectue 32 explorations dont la plus marquante est la découverte de la grotte de Dévigne à Issac où je passe à plat ventre la sortie du ruisseau souterrain pour me relever plus loin et explorer plus d'un kilomètres de galeries concrétionnées. En 1965 je deviens Secrétaire-Trésorier du Spéléo-Club de Périgueux et toujours co-responsable de la revue Spéléo-Dordogne. J'effectue une soixantaine d'explorations cette année-là. Un groupe nouveau de jeunes spéléologues s'est formé à Saint-Astier et je suis sollicité pour les guider; C'est ainsi que je ferai la connaissance de Claude Mouchès et Norbert Aujoulat qui deviendra, lui aussi, préhistorien professionnel. En 1966 je pénètre sous terre une cinquantaine de fois, y compris au Maroc, dans la région de Taza, où Casteret à beaucoup travaillé, et où j'ai le plaisir de revenir, avec mon épouse, pour quelques semaines, là où Grébénart et Pierret font l'école à de jeunes marocains. Bernard Pierret mourra l'année suivante. Cette même année nous sommes sollicités pour effectuer des travaux dans la grotte de Lascaux, notamment des allées et venues destinées à analyser l'impact des visiteurs sur l'atmosphère souterraine, qui se révèlera catastrophique et décidera de la fermeture au tourisme de masse. Nous effectuerons aussi le désensablement d'une galerie au fond du puits de Lascaux pour envisager un circuit touristique, mais la fermeture totale rendra ce projet irréalisable. Dans les longs intervalles séparant les séances d'analyses chimiques, sur les marches qui descendent vers le sas de Lascaux, j'entame le premier répertoire des grottes et souterrains cités dans Spéléo-Dordogne qui en est alors à son 21ème numéro. Ce répertoire paraîtra fin 1968 et portera sur les 25 premiers numéros. En 1967 je suis Trésorier du Spéléo-Club et pendant une convalescence après une chute brutale de tension, j'occupe mon temps à attaquer le volumineux dossier des « Cluzeaux »; Ma nouvelle vocation de « subterranologue » est née, elle ne me quittera plus. (77 explorations en 1967).

LES CLUZEAUX

Le répertoire de la revue spéléologique que j'ai créé me servira de première base pour attaquer l'inventaire général des « Cluzeaux et Souterrains du Périgord » que j'ai décidé d'entreprendre. L'inventaire que me fournit Jean Bouchereau m'aidera beaucoup dans ce travail initial. Apprenant l'existence d'une société nationale spécialisée dans l'étude des souterrains, je décide immédiatement d'y adhérer et je me rends à Chinon, avec mon épouse, le 12 Mai 1968 pour participer à ses journées d'étude annuelles, (loin de me douter que j'en deviendrai plus tard le Président). En ce 12 mai 68 la révolution culturelle vient de débuter à Nanterre et, tout en roulant vers Chinon, nous apprenons à la radio le déroulement des événements. A Chinon, que nous découvrons avec bonheur, nous faisons connaissance avec Raymond Mauny, professeur à la Sorbonne, africaniste et passionné de souterrains, chinonais, mon quatrième maître. En Indre-et-Loire il est bien servi et vient de publier un remarquable inventaire des souterrains-refuges, caves fortes et hypogées de Touraine, avec Gérard Cordier. Nous faisons aussi la connaissance de la famille Leterreux (sept archéo-spéléologues acharnés). A l'époque la future SFES était la section française, créée par l'abbé Nollent, curé d'Artenay, du Centre International d'Archéologie Chthonienne initiée par Maurice Broëns à Barcelone. Je rencontre alors les meilleurs spécialistes d'archéologie souterraine dont j'apprécie beaucoup les travaux. J'effectue 125 explorations souterraines en 1968, y compris la grotte de Villars, encore et toujours, où j'aurai le plaisir d'accompagner le grand Robert de Joly, spéléologue de réputation mondiale, inventeur de l'échelle souple métallique, et de découvrir de nouvelles galeries, avec mon futur beau-frère, que nous baptisons "La Gare du Nord", puisque le plan des 10km de couloirs du Villars souterrain simule le plan du métro de Paris. Nous descendons aussi la Vézère en bateau sur des kilomètres, pour répertorier les « cluzeaux de falaise », avec les Delluc et avec les Leterreux.

LE MUSEE DE LA SPELEOLOGIE

Bernard Pierret eut le premier l'idée d'un musée de la spéléologie. Avec l'équipe du Spéléo-Club-de-Périgueux, nous allons le réaliser aux Eyzies, dans les falaises du Roc-de-Tayac. Nous sommes trois responsables au départ: Gilles Delluc, Pierre Vidal et moi et je suis particulièrement chargé des relations juridiques avec le propriétaire des lieux, M. Andreau avec qui je rédige le premier bail. J'aménage aussi un local aux Eyzies pour loger un gardien. Les travaux ont duré trois ans; Ils auront mobilisé tout le Spéléo-Club. Je construis la maquette électrifiée d'un cluzeau type. Pierre Vidal réalise une maquette géologique. Je réalise une galerie d'animaux cavernicoles vivants (niphargus, salamandres, tritons). Francis Theil confectionne une vitrine de minéraux et d'échantillons géologiques. En 1970 je termine seul des travaux de scellement, la veille de l'inauguration, aidé par René Deuscher. J'accueille le premier visiteur payant dont je conserve précieusement le talon du billet N°1. En l'an 2000 ce musée fonctionnait toujours, bien qu'ayant souvent changé de mains et ayant subi de nombreux cambriolages. Et j'apprends, avec une grande tristesse, que le 9 juillet 2005, ce beau musée qui nous a demandé tant de travail est définitivement fermé, à cause du vandalisme, un des plus grands fleaux de notre époque.

Nombre d'explorations: 67 en 1969, 37 en 1970. Spéléo-Dordogne est repris par une autre équipe, Christian Lamaison en améliore la qualité par de superbes dessins. D'autres équipes succèderont à celle-ci.

SAINT MARTIN DES COMBES et LES PERTES DU VERN

Le Musée de la Spéléologie étant terminé, je peux reprendre le cours de mes explorations souterraines et j'en effectue 100 en 1971. De manière à poursuivre plus intensément mon inventaire systématique des cluzeaux et souterrains de la Dordogne, j'incite le Spéléo-Club de Périgueux à entreprendre le ratissage exhaustif de la commune de Saint-Martin-des-Combes où notre équipe a découvert de bons vestiges préhistoriques, notamment un polissoir portatif, deux grottes fortifiées très anciennes et une grotte préhistorique remplie de vestiges à tel point que le professeur Bordes, directeur des Antiquités Préhistoriques d'Aquitaine décide d'y faire une fouille; la mort l'en empêchera et la grotte tombera dans l'oubli. Nous découvrons, au cours de ces prospections, une vaste caverne possédant des traces d'habitat médiéval et de belles concrétions. 

Francis Theil déverse la fluorécéine dans la perte du Vern à Vergt.

J'effectue aussi, avec Francis Theil, Jean-Claude Moissat, Jean Paul Gravois, mon épouse et mon fils, la coloration positive de l'une des plus longues rivières souterraines du Périgord: le Vern souterrain, de sa perte à Vergt jusqu'à sa dernière résurgence à Grignols: 14km. Cette opération, menée dans le cadre de l'évaluation des ressources en eau de la Dordogne, initiée par le BRGM, durera plus de deux ans.

A gauche, derrière moi, l'abbé Nollent, en face de moi: Saumande, Deuscher  et Bardy.

A droite Raymond Mauny et Madame Boire.

CONGRES INTERNATIONAUX EN PERIGORD

J'effectue 111 explorations souterraines en 1972 et j'organise en Périgord le congrès international d'Archéologie Souterraine (4 journées: à Périgueux, St.Astier, les Eyzies et Ribérac). J'effectue 77 explorations en 1973 y compris un congrès international en Bavière, autour de Roding (100km à l'est de Nurnberg) où un spécialiste des "erdställe" (les cluzeaux allemands) est déjà très avancé dans cette recherche. Le Président de la SFES est Raymond Mauny et les réprobations offusquées de l'éclésiastique Nollent vis à vis de ce matérialiste athée amusent beaucoup les congressistes. Nous découvrons là de minuscules souterrains dont on pourrait douter de l'efficacité en tant que refuge et que les bavarois considèrent comme des hypogées rituels destinés à contenir l'âme des morts. Je suis secrétaire-adjoint de la SFES, très heureux de seconder Raymond Mauny, un professeur de la Sorbone d'un caractère aussi jovial et d'une culture sans limite. La revue Subterranea qu'il a créé en est à son N° 7. Et la SFES édite le Dossier N°2 d'Archéologia entièrement consacré aux souterrains.

En 1974 j'effectue 75 explorations (y compris le congrès international de la SFES dans le Nord et la Somme): le rendez-vous et les réunions ont lieu à Paris, au Musée des ATP (Arts et Traditions Populaires). Les excursions nous conduisent à  Cambrai, Arras et Amiens où nous visitons d'immenses souterrains par leur étendue, incontestablement destinés au refuge des populations. Celui de Naours nous impressionne particulièrement avec ses 300 salles souterraines. La revue Spéléo-Dordogne est prise en mains de maître par Francis Guichard, de Sarlat, qui la conduira sans failles dans ses destinées présentes et futures. Fin mai début juin 1974 a lieu à Périgueux le congrès national de Spéléologie auquel je n'ai guère le temps de m'attarder: j'ai juste le temps de visionner un film dans les locaux de mon ancien collège St Joseph et d'inviter chez moi deux grands et charmants spéléologues et leurs épouses: le géologue Philippe Renault et Pierre Minvielle spécialiste des grottes aménagées et des parcs régionaux. La question des cluzeaux les intéresse; ils ont été déçus par la prestation de Pierre Saumande qui a présenté le sujet d'une manière peu satisfaisante, d'autant qu'il annonca imprudemment l'absorption de la SFES par la Fédération de Spéléologie (qui n'aura jamais lieu).

J'effectue 62 explorations en 1975 (y compris le congrès international organisé à Bergerac). Ce congrès est organisé par un groupe de jeunes chercheurs passionnés de souterrains sous la direction d'Alain Bourdeau. Le nouveau président de la SFES est Pierre Saumande, professeur universitaire spécialiste en pharmacie et en souterrains limousins. Cette année-là je suis prêt à éditer le premier volume de mon inventaire des souterrains (Le Bergeracois). Brigitte Delluc ayant également une thèse de préhistoire à imprimer nous décidons d'acheter une offset de bureau et nous éditons nos ouvrages à compte d'auteur.

J'effectue 53 explorations en 1976 (y compris le congrès de la SFES qui se passe dans le sud du Val-de-Loire avec comme point de mire la caverne sculptée de Dènezé-sous-Doué que l'équipe chinonaise tente de préserver des dégradations et des intempéries. Nous visitons aussi le souterrain de Châtre-sur-Cher fouillé par l'abbé Nollent lui-même qui y a trouvé des statuettes et autres objets qui lui font avancer l'hypothèse d'une antre de sorcellerie. Nous revisitons le souterrain de La Roche Clermault situé en face de la maison de Rabelais et considéré comme le plus beau souterrain de France avec ses extraordinaires sculptures pseudo-bogomiles. Nous visitons aussi les souterrains du château de la Bouchardière où la SFES a installé un camp de subterranologie, dans la propriété d'André Dufoix, l'un des pionniers du Cirac.

(Les Avrilleau et les Leterreux)

 Et je déménage de St.Astier pour aller habiter Grignols, en attendant que les travaux soient terminés à Léguillac où nous avons acheté une ruine; Ce qui explique que je ne pénètre sous terre que 14 fois en 1977 (y compris le congrès à Mazamet dans le Tarn où je fais la connaissance de Jean Bordenave, fouilleur qui considère lui aussi les souterrains comme des hypogées funéraires destinés à contenir l'esprit des morts, théorie qu'il emprunte à Pierre Nollent et Maurice Broëns. Les fosses ovoïdes sont pour eux des fosses à offrandes où l'on dépose rituellement la nourritude symbolique des esprits. Pour ma part je campe sur ma thèse des souterrains-refuges, sans toutefois rejeter d'autres théories qui appartiennent exclusivement à ceux qui les émettent. Pour moi, les fosses ovoïdes sont des silos à grains, mais dans ce milieu "chthonien" j'ai bien du mal à faire valoir ma thèse et, dans ce cas, le plus sage est de se taire,  en attendand son heure. Il faut bien avouer que la présence systématique d'inhumations à proximité des fosses fouillées par Bordenave a de quoi troubler les esprits.

(Gilles et Sophie Delluc, Serge Avrilleau et Marie-France Leterreux)

MA PRESIDENCE DE LA SOCIETE FRANCAISE

Au cours d'une Assemblée Générale tenue à Vèzelay, le 9 juillet 1977, la Société Française d'Etude des Souterrains me confie la Présidence pour 4 ans et je constitue mon équipe: Vice-Président Daniel List qui a fouillé les hypogées de la Marne et qui va prendre en charge la caverne sculptée de Dènezé-sous-Doué; Secrétaire général Marc Leterreux (secondé par toute sa famille); Trésorier Jean-Paul Ruet. Dans la propriété d'André Dufoix à Saint-Cyr-en-Bourg nous organisons avec enthousiasme l'archéologie souterraine française en constituant notamment une équipe dans chaque département actif et nous modernisons Subterranea, la revue nationale, qui en est à son numéro 23. Nous éditons un répertoire pour faire le point, sous le N°24 (avec l'offset de bureau) et nous éditons un numéro 25 avec une nouvelle couverture plus attrayante; cette série se poursuivra longtemps. Cette revue et les congrès annuels resteront les liens essentiels de la SFES.

Je pénètre sous terre 14 fois en 1978 (y compris le congrès international qui a lieu cette année en Angleterre, autour de Cambridge et de Nottingham. Les souterrains anglais (les fogous) n'ont vraiment rien à voir avec ceux du sud-ouest de la France; Ils sont plutôt construits que creusés et semblent antérieurs au Moyen-Age, comme ceux de la petite Bretagne. L'organisation du congrès laisse à désirer; on nous fait visiter les quartiers misérables au lieu des palais. On chipote sur les participations financières et les rituels adoptés à l'excès par les sujets de la Reine nous agacent un peu; nous rentrons chez nous. Pour moi c'est maintenant à Léguillac.

(Serge Avrilleau, J.L. Gascoin, Daniel List et l'abbé Nollent)

 Dès notre retour Daniel List me propose d'organiser un congrès près des hypogées de la Marne. Certains doutent des capacités de cet inconnu mais il m'a donné l'occasion d'apprécier sa sincérité et son assurance. Je lui laisse carte blanche et bien m'en a pris car son organisation est remarquable. Le congrès d'Epernay est une réussite et le champagne coule à flot. Par ailleurs nous faisons connaissance d'Annie Brethon la compagne de Daniel. A eux deux ils vont s'avérer d'excellents spécialistes des sculptures extraordinaires de ce souterrain étonnant de Dènezé; Ils vont faire en sorte que cette caverne soit mise à la disposition du tourisme et que les pouvoirs publics s'intéressent à sa protection.

Je pénètre 12 fois sous terre en 1979, y compris le congrès tenu en Charente-Maritime grace aux initiatives de Daniel List et de notre correspondant local M.Lassarade qui nous reçoit à Pons où l'effectif de la SFES est à son maximum, plus de 300 adhérents.

(Serge Avrilleau, Daniel List, André Dufoix et Raymond Mauny)

J'effectue 24 explorations souterraines en 1980 (y compris un congrès en Bavière où nous revenons 7 ans après). L'équipe de Karl Schwerzfischer est particulièrement bien organisée; elle publie une revue imprimée de parfaite qualité et nous sommes reçus de la meilleure manière qui soit. Les relations entre nos deux pays sont au mieux et la recherche avance, même si la nature des souterrains étudiés de part et d'autre du Rhin est difficilement comparable. Nous avons aussi la chance d'apprécier les travaux de Dorothée Kleinmann, traductrice infatiguable qui nous sert de trait d'union avec une fine et précieuse intelligence. Nous éditons le numéro 34 de Subterranea consacré aux "Mythes et Rites". Raymond Mauny lance alors une idée que je partage avec lui concernant un projet d'expériences de survie en souterrain un peu comparable à celles qu'effectue Michel Siffre dans les grottes naturelles. Cette expérience n'a jusqu'à ce jour pas été réalisée. Le célèbre "spéléonaute" n'ayant jamais daigné répondre à mes lettres, je ne saurai sans doute jamais ce qu'il en pense et j'abandonne e projet. En revanche les allemands ont tenté une expérience d'enfumage qui leur a semblé positive, ce dont je me permets de douter, toutefois, quelque peu.

Le rituel du percement.

Je pénètre sous terre 37 fois en 1981. Le congrès de la SFES a lieu à Villeneuve-sur-Lot, en  Lot-et-Garonne, organisé de main de maître par Jean François Garnier qui fouille la villa gallo-romaine d'Eysse. Lors de ce congrès nous visitons les très curieux souterrains sous mottes de Tourliac et de Ferrensac et je fais connaissance avec Jean Gognau qui possède des fosses ovoïdes dans sa cave et me présente une équipe de nouveaux amis avec qui nous entamons de nouvelles recherches fructueuses qui nous conduiront en Turquie et en Israël. Ce pauvre Jean ne pouvait imaginer que son urne funéraire personnelle serait minutieusement déposée au fond de l'un de ses silos, quelques années plus tard.

 Lors de l'assemblée Générale de la SFES à Villeneuve, mon mandat légal étant arrivé à son terme et celui de Marc Leterreux aussi, nous quittons le Bureau de la société pour laisser la place à l'abbé Nollent, notre fondateur qui a du mal à constituer son équipe: il a pour vice-président l'excellent géologue Claude Lorenz mais prend comme secrétaire un fonctioinnaire qui n'a jamais mis les pieds sous terre. Le trésorier Camuset est dans son élément et je reste membre du Conseil.

 Je pénètre sous terre 50 fois en 1982 (Le congrès de la SFES se passe dans l'Eure-et-Loire près de Chartres et d'Artenay). Nos réunions ont lieu à Auneau sous l'organisation de Michel Auboin et de Jean Pierre Dubois. Nous visitons le souterrain de Pannes entièrement fouillé par l'équipe 28. En revanche un repas gastronomique organisé pompeusement par le nouveau secrétaire dans un château nous semble sortir du cadre de nos recherches archéologiques.

J'explore le monde souterrain 30 fois en 1983, en ce compris le Congrès de la SFES qui se passe au Puy-en-Velay sous l'organisation de MM Besqueut et Fromant qui nous font visiter le village troglodytique de Couteaux et de très étranges souterrains aux salles disposées en éventail ainsi qu'un rocher percé de cavernes comme celui du Puy: Ceyssac (impressionnant!). Subterranea édite alors un numéro spécial consacré aux silos et fosses ovoïdes, mais la Dordogne n'est pas invitée à y participer.

DECOUVERTE DE LA GROTTE DE JOVELLE

C'est le 29 mai 1983, au cours d'une prospection sur la commune de La-Tour- Blanche où je recherchais des grottes ou des cluzeaux pouvant avoir été épargnés par les exploitations de carrières de pierre, que je découvrais la grotte de Jovelle et, à même le sol, les vestiges préhistoriques qui lui donneront tant d'intérêt. En ce dimanche matin, il est onze heures, sans prendre la précaution d'avertir le propriétaire et le Maire, je me hatte vers Périgueux pour arriver avant midi chez un correspondant des Antiquités qui m'incite à envisager un sondage avant toute déclaration officielle. Je prends cependant la précaution d'avertir l'instance officielle à Bordeaux en proposant par lettre de mettre à la disposition du futur responsable de la fouille les silex et poteries que j'ai préservés et mis à l'abri. Le temps passe. Six mois plus tard, un spéléologue passant à Jovelle découvre à son tour la même grotte et y trouve de belles gravures préhistoriques. Tous les médias disponibles sont alors informés et le public averti de sa découverte. En fait nous sommes deux inventeurs de la même grotte, pour l'avoir vue sous deux aspects différents: moi pour le mobilier archéologique et lui pour les gravures. Imprudemment il contestera ma découverte, alors qu'il l'a reconnue formellement et largement dans son ouvrage unique.

J'effectuais 53 explorations souterraines en 1984. Le congrès de la SFES se passe à Chateauponsac en limousin où nous avons l'occasion d'apprécier les travaux de Serge Gady et de son équipe qui fouillent quelques souterrains très minutieusement, trop peut-être. (ils reconstituent par ordinateur la dispersion des tessons de poterie répartis au sol après fracture d'un vase de céramique). Je doute, pour ma part, de la réelle efficacité de cette méthode, en terme d'apport effectif aux arguments nécessaires à la compréhension de l'utilisation des souterrains en tant qu'annexes d'établissements agricoles qui est l'aboutissement de leurs thèses.

Après la durée légale du mandat de l'abbé Nollent, le Docteur Poitel prend alors la présidence de la SFES et j'accepte le Secrétariat. Ce pionnier de l'archéologie souterraine, toujours opposé au curé d'Artenay dont il est le voisin, me noie littéralement dans le torrent de son courrier et se décharge sur moi pour la réalisation matérielle de ses théories chthoniennes, mais il nous séduit par sa faconde et sa bonhommie qui détendent un peu l'athmosphère, jusqu'à ce que ses inquisitions aient quelque peu tendance à pousser un peu loin le bouchon. En revanche il a eu la bonne idée de prendre pour assurer la trésorerie le célèbre Roland Payen, inventeur de l'aile delta, qui recherche toujours des souterrains introuvables sous la tour de Montlléry.

En 1985 je rentre 47 fois sous terre. Le congrès de la SFES se passe à Doué-la-Fontaine et à la caverne à sculpture de Dènezé, toute proche. Nous visitons aussi d'innombrables villages troglodytiques angevins, d'immenses carrières de falun et une étrange carrière de sarcophages mérovingiens.

Très pris par l'administration difficile de la SFES, j'explore le sous-sol seulement 13 fois en 1986.  Le congrès de la SFES a lieu à Uzerche en Corrèze où nous faisons connaissance avec Robert Joudoux, majoral du Félibrige qui touche à toutes les sciences historiques et archéologiques. Nous visitons avec lui son chantier de fouille, le château de Comborn, le très beau village de Segur-le-château, mais la visite des souterrains laisse un peu à désirer, ce qui ne nous empêche pas de voir le plus grand de la région à Monteil et de ressortir d'urgence d'un autre, à peine entrevu, à cause du manque d'oxygène.

(Une des dernières photos du "Pape de l'Archéologie chthonienne)

Je pénètre 16 fois sous terre en 1987. Le congrès de la SFES a lieu à Artenay où notre fondateur l'abbé Nollent exerce toujours la profession de curé, d'exorciste (officiel) et d'inventeur (c'est lui qui a inventé les panneaux verts qui indiquent l'heure des messe à l'entrée de tous les villages d' Europe). Il a aussi placé un stop de fortune sur la route nationale d'Orléans parce que l'Administration tardait à le faire. On pourrait écrire un livre entier sur sa vie agitée. Encore une dernière: il a perdu en route, un jour, le confessionnal portatif qu'il avait fabriqué et posé (mal) sur la galerie de sa voiture, pour aller confesser ses ouailles à domicile; il ne l'a jamais retrouvé !

(L'inventeur de l'aile delta et le Président de la SFES)

1988: Le congrès se passe dans l'Allier, où nous avons le plaisir de nous rendre à Glozel et de rencontrer Emile Fradin, l'inventeur de ce site contesté. C'est notre association (SFES) qui demandera et obtiendra pour Emile Fradin les palmes académiques grâce à l'obstination du docteur Max Poitel. Dans la région d'Arfeuilles Maurice Franc nous présente une étonnante série de souterrains annulaires qui nous laissent perplexes. On ne sait si les habitants de ces curieuses galeries circulaires et leurs envahisseurs s'adonnaient à des poursuites interminables ou si ces énigmatiques boyaux servaient à emprisonner les esprits qui étaient sensés y " tourner en rond comme une âme en peine" en attendant la canicule qui leur permettait de monter au ciel. Nous avons également pu visiter l'ettonnant oppidum du Mont Beuvray, véritable acropole bourbonnaise.

REPRISE DE LA PRESIDENCE

Le Congrès de la SFES avait donc été organisé à Artenay en 1987, où nous avions maintenant un vrai siège social avec salle de réunion, bibliothèque et dépôt de fouilles et je suis sollicité pour reprendre la Présidence. J'ai le grand honneur d'avoir à mes côtés un excellent vice-président en la personne de Claude Lorenz, éminent géologue, et Jean Louis Camuset. Le secrétariat sera assuré par 6 personnes spécialisées: Didier Leterreux, Max Poitel, André Boire, Maurice Franc, Raymond Delavigne et Marcel Rallon. La trésorerie sera administrée par Jean Michel Lorenzi: Une très bonne équipe, efficace et rodée. Les effectifs reprennent de la consistance. Subterranea reprend de la vigueur. En revanche nous avons abandonné le système des groupes départementaux qui s'étaient heurtés à des difficultés internes. Nous adopterons plutôt des structures nationales, nos activités s'étant étendues dans toute l'Europe, et au delà.

Nous apprendrons, en cette année 1987, les décès de Maurice Broens, fondateur de l'archéologie chthonienne et de Norbert Casteret, le grand pionnier de la spéléologie.

J'effectue 25 explorations souterraines en 1988. Cette année là André Dufoix, excellent subterranologue tourangeaud et responsable de la sécurité des anciennes carrières souterraines, est nommé Secrétaire Général de la SFES. Avec lui et grâce à nos nombreuses rencontres à mi chemin de nos domiciles, nous améliorons la revue nationale Subterranea et surtout son système de distribution.

DECEPTION ARCHEOLOGIQUE

En 1989, après de nombreuses années de recherches sur les souterrains dans l'Europe entière, et après être parvenu à l'extrême pointe de l'organisation européenne de l'archéologie souterraine, je pensais qu'il était temps de procéder à une fouille programmée d'un souterrain choisi avec discernement, alors que jusqu'à présent je n'avais demandé et obtenu que des autorisations de sondages de 2m² ou des sauvetages d'urgence. Je constituais donc un dossier circonstancié de demande de fouille programmée sur un souterrain de la commune de Sorges qui semblait promettre les plus intéressants résultats et j'ai l'immense déception de voir cette demande refusée ! Je m'étonne de la faiblesse des arguments invoqués: "Le dossier présenté ne fait pas état d'une problématique scientifique". J'ai pourtant exposé en deux pages tout l'intérêt que présente l'archéologie souterraine en général et ce souterrain en particulier, qui est rempli jusqu'au plafond de vestiges à analyser et je pense être bien informé sur le sujet. "ni d'une équipe de recherche suffisamment solide": J'ai pourtant à mes côtés les meilleurs spécialistes européens de la question, deux docteurs en préhistoire, d'autres préhistoriens prêts à venir m'aider, un professeur de la Sorbone et tous les collègues archéologues des sociétés savantes auxquelles j'adhère, notamment en matière de préhistoire où l'art de la fouille est le plus élaboré. J'en conclue que la porte de l'archéologie est définitivement fermée aux amateurs (à qui elle doit tout) et, ce qui est plus grave, aux associations archéologiques. Il faut reconnaître aussi que bien des fouilleurs clandestins ont fait du mal à l'archéologie.

L'EUROPE SOUTERRAINE. DERNIERE FOUILLE.

En 1989, le congrès de la SFES a lieu à Patay (dans le Loiret) non loin d'Artenay, la paroisse de l'abbé Nollent notre fondateur. J'effectue 34 explorations souterraines cette année. Un problème se pose pour l'organisation européenne des congrès de subterranologie: toutes les sociétés veulent organiser des congrès internationaux et il faut mettre de l'ordre au moyen d'un calendrier cohérent sans heurter personne, or s'est impossible: je propose alors de rapprocher la fréquence des symposiums (deux par an) et je demande aux anglais de "tirer les premiers". Ils le font mais de curieuse manière en annulant un congrès prévu à Bristol et en fortifiant leur participation à un colloque sur les mines et carrières. Ainsi ils vont disparaître de notre calendrier. De notre côté, en France, nous organisons notre congrès à Patay, en orléannais. Le N° 69 de Subterranea inaugure une nouvelle série avec couverture couleur et nous organisons un chantier de fouille en Dordogne puisque nous avons obtenu, miraculeusement, une dernière autorisation de sondage (2m²) dans un souterrain de Saint-Aulaye. Grace à la mise à disposition de locaux dans les dépendances de la maison des propriétaires, l'équipe de Chinon s'installe sur place, aidée par quelques bénévoles périgourdins, et nous entamons une fouille de précision dans ce beau souterrain, surveillés par la Gendarmerie, près d'une motte féodale (castrale) très mal connue. Le compte rendu en sera publié dans Subterranea.

BRANTOME, SORGES et la TURQUIE.

L'année 1990 nous apprendra le décès de l'abbé NOLLENT, notre fondateur, qui venait de mettre la dernière main à sa biographie, très gros ouvrage de 700 pages fait de mauvaises photocopies, où l'on trouve bien peu de mentions sur les souterrains ! J'aurai la charge d'organiser notre congrès national à Brantôme et à Sorges, en Dordogne, aidé en cela par mes amis périgourdins. Ce congrès aura beaucoup de succès, notre organisation est maintenant bien rodée et nous sommes très bien reçus à Brantôme par le nouveau Maire qui met les locaux de l'abbaye à notre disposition où Melle Couturier occupe déjà une petite pièce pour une exposition sur le Haut-Périgord; Nous décidons alors de cohabiter et de fusionner en bonne entente pour une satisfaction réciproque et nous avons aussi un gros apport d'une équipe du nord de la France: L'Artois participe massivement aux expositions et l'ensemble est impressionnant. Les conférences ont lieu dans la grotte dite du Jugement dernier et nous visitons la "Chambre-Brune" que le Maire à fait toiletter après un déplorable "taguage" de graffitis orduriers. Nous bénéficions aussi de la participation de l'inimitable Paul Dubuisson qui dirige le Syndicat d'Initiative. Nous inaugurons le "parcours troglodytique" qui met en valeur, touristique, la belle falaise de Brantôme. Nous visiterons aussi les souterrains du chhâteau de Puyguilhem et la falaise troglodytique d'Argentine. A Brantôme, j'ai là l'occasion de faire un discours enflammé tendant à regretter l'absence de fouilles en archéologie souterraine, et le manque de protection des cluzeaux, laissés à l'abandon, à la merci des grands travaux, du pillages et des intempéries.

Ce discours semble avoir été très écouté, il semble avoir beaucoup plu ... mais ne produira aucun résultat, on aurait dù s'en douter ! A Sorges, nous sommes également très bien reçus par le Maire Jean Charles Savignac, président national de la Fédération des Trufficulteurs qui nous fait les honneurs de son Musée de la Truffe où Anne-Josette, mon épouse, a fait une exposition au premier étage. La visite des souterrains de Sorges est une réussite, grâce à l'équipe locale et aux initiatives efficaces de François Veber.

 Nous aurons désormais une grosse participation aux explorations et aux publications de la part des deux frères Triolet. J'effectuerai 54 incursions souterraines en 1990 et nous aurons l'immense plaisir d'organiser un voyage en Turquie, principalement en Cappadoce, le paradis des souterrains où je renonce à compter le nombre cavités visitées, tellement il est innombrable. Je rapporte de cette excursion magique 800 diapositives qui serviront aux études d'archéologie souterraine et aux conférences qu'on nous réclame en Dordogne.

En 1991 l'équipe belge s'intéresse de plus en plus à la caverne sculptée de Dènezé-sous-Doué où ils viennent seconder très efficacement Annie et Daniel List. Ils incitent les autorités responsables à protéger et subventionner ce bijou de l'archéologie souterraine angevine, ce qui n'est pas de tout repos. Nous publions, grâce à l'opiniatreté de Jean Louis Camuset, un  manuel d'archéologie souterraine qui se rendra bien utile pour les futurs chercheurs. Désormais nous suivons de près les adhérants de la Société de Mythologie Française qui nous invite à son congrès dans le Lot. Nous aurons beaucoup à apprendre avec ces gens de qualité dont nous apprécions la grande culture et avec qui les échanges seront désormais fructueux.

Cette année là nous sommes encore invités par l'équipe autrichienne et, après une Assemblée Générale en juin à Senlis, nous nous rendons en Autriche au mois de juillet. Nous visitons avec beaucoup d'intérêt le site éponyme grandiose de Hallstatt qui a donné son nom au premier Age du Fer, et nous sommes reçus dans le château de Weinberg qui ressemble davantage à une caserne militaire qu'à un complexe de colloques. L'accueil des français nous laisse d'ailleurs un arrière goùt d'amertume mais nous ne retiendrons que les aspects positifs de ce congrès qui nous a permis entre autres, de nouer des contacts avec les chercheurs tchécoslovaques et géorgiens.

 

En cette même année 1991 je constate l'état de délabrement du souterrain le plus proche de mon domicile qui sert de dépotoir à la sortie du bistrot d'en face. Je tente alors une demande d'autorisation de sauvatege. Ma situation de Maire-Adjoint m'y aide sans doute un peu et j'obtiens en effet une autorisation très curieuse puisqu'elle est assortie de restrictions incompréhensibles: il m'est recommandé de ne dégager que les "couches contemporaines"! Je comprends alors qu'on s'est moqué de moi et, en guise de compte-rendu de fouille, je fournis la liste et la description exacte des vestiges découverts au cours du déblaiement: une canette de bière, un peigne en corne, un bas de soie, une botte en caoutchouc etc .... Et j'arrête la fouille au moment où je tombe sur une cruche du XIIème siècle (en kit). Que signifie une fouille archéologique qui interdit de prendre en compte les vestiges archéologiques ? Dès lors je renonce à demander de nouvelles autorisations; Non seulement la porte de l'archéologie souterraine est fermée aux amateurs, mais elle est fermée à clé, à double tour ! J'effectue 64 explorations souterraines en 1991 y compris celles effectuées dans les souterrains autrichiens dont la particularité a de quoi nous étonner: alors que les petits souterrains bavarois ressemblent aux souterrains limousins, certains souterrains autrichiens ressemblent à ceux du Périgord. Voilà de quoi alimenter bien des discussions dans l'avenir. En rentrant en France j'ai eu le plaisir de découvrir une très belle chapelle souterraine creusée dans le calcaire des environs d'Agen, dont les agenais pensent qu'elle a servi de retraite aux Cathares.

En 1992 le pénètrerai une quarantaine de fois sous terre. Entre autres, avec Philippe Liaud et Morvan nous tenterons d'attaquer la désobstruction d'une grotte située au-dessus de la belle résurgence de la Font de l'Auche, située tout près de chez moi ... en vain ! Ce réseau doit être énorme, mais certainement trop profond pour nos faibles moyens. En revanche nous effectuons une prospection très posisive dans la ville de Terrasson, grace à une équipe bien structurée qui fait appel à nous pour expertiser une série de souterrains mystérieux. Avec François Véber, forts de notre méthode maintenant bien au point, nous menons à bien la topographie d'une dizaine de cavités qui se révèlent être des entrepôts de vivres alimentaires, uniques en Périgord, dont l'un d'eux sera mis à la disposition du public touristique. Les Triolet publient leurs travaux en Cappadoce et leur exploration d'un des plus beaux souterrains de France (La Bove des Chevaliers) dont le plan affecte celui d'une croix. Et notre congrès national a lieu à St.Pol-sur-Ternoise, dans le Pas-de-Calais, en Juillet, organisée par le groupe "Sub-Artésia" sous la direction de Guy François. Nous visiterons alors de superbes souterrains, d'une architecture remarquable et la citadelle de Montreuil-sur-Mer. Malheureusement de terribles tensions se manifestent entre deux groupes régionnaux; c'est ce genre de frictions qui nous avaient fait abandonner le système des groupes départementaux. A Saint-Pol, j'ai passé toute la durée d'un repas dans une cabine téléphonique pour tenter de calmer les ardeurs d'une équipe qui voulait faire saisir par la gendarmerie l'exposition de l'équipe adverse qui utilisait ses photos selon elle; Les congressistes ont mangé tranquillement pendant ce temps sans s'apercevoir de rien. Puis, au cours du discours de Madame Blondin venue inaugurer cette exposition, ses opposants politiques ont coupé la lumière et son micro. Charmante abiance! Le Président commence à se lasser. Il va être temps de passer la main.

Des souterrain laissés à l'abandon, y compris les rares à être classés, des autorisations de fouilles refusées, des congrès houleux, des disfonctionnements dans le Bureau de la SFES, ma retraite professionnelle, c'en est trop, en ce mois de Juin 1993, j'annonce ma démission. Je provoque une assemblée générale à Paris pour en finir et c'est Jean Louis Camuset qui prend la présidence à ma suite avec Jérome Triolet comme Vice-Président. Au mois d'août je reçois une bien triste nouvelle, le décès de mon ami Jean Gognau. Un congrès sera organisé à Saumur, sous la direction de l'excellent spécialiste des troglodytes Jacek Rewerski. Avec tous ces soucis administratif, je n'ai pu explorer le monde souterrain que 8 fois cette année; je vais donc pouvoir maintenant me consacrer davantage à mon inventaire des cluzeaux et mon tome 2 voit enfin le jour.

1994 verra malheureusement l'archéologie souterraine perdre deux de ces spécialistes les plus éminents: Raymond Mauny décédé début février et Claude Lorenz le 12 juin. Avec un couple d'amis parisiens nous avons mené à bien l'élaboration d'un énorme livre sur l'archéologie souterraine, j'en ai assumé le texte et ils ont effectué 2500 prises de vue remarquables. Malheureusement nous nous sommes quittés sur un malentendu et nous n'avons pas trouvé d'éditeur. Pris par la rédaction de cet ouvrage et de mon inventaire des cluzeaux, je n'ai effectué que 9 explorations souterraines cette année là, mais le tome 3 est sorti. Le congrès annuel de la SFES se passe à Pessac en Gironde, sous l'animation de Stéphane Rousseau qui ira fouiller plus tard en Egypte mais aura de graves ennuis par la suite.

 Je ne fais que passer à ce congrès mais j'effectue avec des amis un très beau voyage en voiture sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne où je constate à nouveau tout le potentiel de recherches souterraines que recèle ce pays où nous visitons également de remarquables grottes préhistoriques.

1995: J'effectue une cinquantaine d'explorations souterraines cette année-là essentiellement pour compléter mes inventaires. Le congrès de la SFES a lieu à La Crêche, dans les Deux Sèvres, fin septembre, début octobre, organisé par le groupe de Niort sous la direction de Jean Louis Durant. Au cours de ce congrès je suis nommé Président Emérite.

1996: Au cours du congrès de La Crêche, le Bureau de la SFES est renouvelé et le nouveau président est Laurent Triolet, comme je l'avais souhaité: sa jeunesse, ses compétences, sa présentation sont le bons atouts pour notre société qui a besoin de renouveau. Jérome Triolet est Vice-Président. Le nouveau secrétaire est le belge Claude Kahn qui rendra d'innombrables services à la SFES dans les années qui vont suivre, notamment dans la rédaction de Subterranea et bien d'autres activités où il est devenu incontournable et indispensable. On se rend compte des changements lors du congrès annuel qui a lieu en septembre dans le Lot, dans un très beau site proche de la grotte préhistorique de Pech-Merle, autour d'un vaste musée d'art et traditions populaires. Nous avons l'occasion de voir un bel aqueduc romain en partie souterrain et de revoir le souterrain des Bordiers qui a bien changé: le propriétaire à pratiqué une nouvelle entrée au fond de la dernière salle. Subterranea en est à son numéro 100. Et nous avons l'occasion de participer, en Novembre, à un colloque sur les souterrains, organisé de main de maître en Espagne par Patrick Saletta qui nous traduit tout en français et nous fait visiter de superbes sites souterrains autour de Valencia: Paterna, Requena et surtout Bocaïrent, le plus grand cluzeau de falaise du monde avec ses 50 ouvertures dans la falaise. On le nomme ici « Covetes dels Morros »; La municipalité nous reçoit de la meilleure manière qui soit. Mais par quel étrange circonstance les Triolet ont-ils publié cet ensemble dans le bulletin archéologique de Périgueux ? Mystère ! J'effectue une trentaine d'explorations souterraines cette année là.

1997 - Au mois de mars, nous avons la chance de participer à un voyage en Israël qui nous laissera des souvenirs inoubliables et de grandes émotions dans ce qui reste de la Palestine et du mont des Oliviers. Intéressantes visites des souterrains de Jérusalem et de St.Jean d'Acre. Au mois de Juillet le congrès de la SFES a lieu à Lavaur dans le Tarn où nous passons rapidement. Nous aurons la grande joie d'apprendre la naissance prochaine de notre petite Eléonore: en attendant elle visite son premier souterrains dans le ventre de sa mère qui visite avec nous un souterrain tarnais. Au mois d'août les belges organisent un congrès international à Mons. J'effectue cette année là une vingtaine d'explorations souterraines.

1998 - Au mois de Juillet de cette année les autrichiens organisent un congrès international où je ne pourrai pas me rendre. Je participe en revanche à celui de la SFES qui a lieu à Aurillac début octobre, sous la pluie et dans le froid, et qui se passe malgré tout dans une bonne ambiance. J'aurai aussi l'occasion de me rendre à nouveau en Touraine et d'y effectuer nos dernières explorations souterraines en compagnie d'André Dufoix qui disparaîtra bientôt, après 30 ans de collaboration. A ma grande peine deux autres collaborateurs et amis André Silvant et Raymond Dordognin passeront eux aussi dans l'autre monde. J'aurai en tout effectué une vingtaine d'explorations souterraines cette année là.

1999 - Au mois de mai le congrès de la SFES a lieu à Villeneuve-sur-Lot, organisé par mon ami et nouveau Président Jean-François Garnier que j'aide à faire visiter les superbes sites souterrains de Tourliac, Ferrensac et la chapelle « cathare » d'Agen. Je suis élu Vice-Président de la SFES avec Raymond Delavigne. Je refuse de participer au congrès organisé par une équipe dissidente du Pas-de-Calais et je poursuis avec Philippe Lecamus, mon collaborateur de longue date, des prospections systématiques sur les communes de Lalinde et Campsegret, pour parfaire la réédition de mon tome d'inventaire du Bergeracois. C'est ainsi que nous découvrirons de nouveaux et très beaux souterrains, notamment le « cluzeau-double » de St Hilaire. J'effectuerai cette là 25 explorations souterraines. C'est aussi en cette année 1999 que nous fêtons nos 50 ans de spéléologie avec Jean Pierre Bitard en nous rendant à la grotte de St.Léon-sur-l'Isle, notre première grotte, menacée par les travaux de l'autoroute A89. En compagnie de sympathisants protecteurs du patrimoine nous ouvrons une bouteille de champagne devant la mairie de St.Léon. Finalement, et sans doute grâce à nos protestations, l'autoroute évitera la destruction de la grotte du Déroc et de sa voisine où subsistent des fossiles vivants: les Niphargus. Mais c'est aussi en cette fin de siècle qu'une terrible tempête va nous saper le moral pour quelques temps.

2000 - Pour cette dernière année du XXème siècle, j'ai la satisfaction d'obtenir l'autorisation de relever les graffitis templiers de la Porte des Tours à Domme et de découvrir de nouveaux graffitis de bateaux non loin de là. Après avoir relevé ceux de la prison du château de Grignols et ceux du souterrain de Beaumont, nous avons formé une bonne équipe de « glyptologie » avec mes excellents collaborateurs Philippe Lecamus, Jean Vives, René Deuscher et René Ventenat. Avec eux aussi nous poursuivons nos recherches et travaux dans les cluzeaux de Saint-Pardoux-de-Mareuil dont nous sommes persuadés d'un avenir prolifique, dans le Parc Naturel Régional « Limousin-Périgord ». Aussi nous ne pourrons pas nous rendre à Logne, en Belgique en juillet où a lieu le congrès de la SFES ni au Colloque international qui se tient en Croatie en septembre. J'effectue dans l'année 24 explorations souterraines. A noter, la naissance de notre deuxième petite fille: Raphaëlle.

2001 - Cette année là verra la triste disparition des statues bouddhistes de Bamyan en Afghanistan, victimes de l'obscurantisme taliban. Un excellent article sur les souterrains du Périgord paraîtra sous la plume de Jean Claude Carrère dans le N°118 de Subterranea dirigé par Claude Kahn. Le nouveau président de la SFES est Luc Stevens et le reste du Bureau est inchangé. J'effectue 28 explorations souterraines cette année là, notamment pour parfaire l'inventaire des cluzeaux qui doit paraître sous le tome 4 concernant les cantons de St.Aulaye et Verteillac. Avec l'équipe des « glyptologues » nous organisons aussi une très bonne excursion dans l'Ariège où nous avons l'occasion de visiter les extraordinaires grottes du Mas-d'Azil, de Niaux, Lombrives et Bedeillac; Nous visitons Tarascon-sur-Ariège et Ussat-les-Bains à la recherche des grottes « pseudo-cathares » sur les traces d'Antonin Gadal, Déodat Roché, Napoléon Peyrat,  Maurice Magre, René Nelli, Otto Rahn et Christian Bernadac (qui va publier, avant de mourir, un excellent livre sur le culte de l'ours préhistorique); aussi nous ne pouvons nous rendre au congrès de la SFES qui a lieu cette année à Laon.

2002 - L'habitude est prise maintenant, le congrès national de la SFES se passe à St.Rémy-sur-Durole dans le Puy-de-Dome en juillet et un congrès international est organisé par les anglais à Liverpool au mois d'août; un autre se passe à Roding en Bavière en septembre. Il y a donc le choix, malheureusement. Cette organisation n'est pas bonne et disperse les amateurs de souterrains; je ne vais donc à aucun d'eux. En revanche mon statut change au sein de la SFES: je passe de Vice-Président à Président d'Honneur. Cette année là j'effectue une vingtaine d'explorations souterraines y compris ma 2000ème, dans les souterrains de l'église de Sourzac et son abbaye où nous avons créé une exposition d'objets culinaires ainsi qu'une nouvelle association pour son exploitation et la protection du patrimoine de cette commune; nous avions dans nos projets une exposition de photos de la grotte préhistorique de Gabillou qui est dans cette commune. Pour des raisons difficiles à comprendre, tous ses projets tomberont à l'eau ... de la rivière l'Isle !

2003 - Notre exposition itinérante nous est réclamée près de Brive; elle quitte donc définitivement le Périgord. Je me consacre maintenant aux cluzeaux de Saint-Pardoux de Mareuil qui demandent beaucoup de travail facilité par une bonne association locale. Nous explorons ainsi un grand cluzeau à Saint-Crépin, une fosse ovoïde au Coux indiquée par Bernadette Darchen, biologiste et auteur de très bons ouvrages sur l'apiculture et sur les fontaines sacrées. J'effectue 4 explorations souterraines cette année là où je serai occupé aussi à rechercher une nouvelle maison pour nous rapprocher de Toulouse, de notre fils et de nos deux petites filles.

2004 - Huit explorations souterraines cette année là: Un beau souterrain qu'on nous signale à Coursac, des cluzeaux aériens à Brantôme, un très beau souterrain double à Grand-Brassac, un autre à Montagrier, des cavités à La Tour Blanche et une grotte qui semble avoir reçu des sépultures néolithiques. Les maisons sont chères près de Toulouse, mais nous en trouvons une à mi-chemin, en Gascogne. Nous commençons donc des cartons de déménagement; il en faudra 800 pour contenir nos archives et nos objets de collection.

2005 - Cette année là sera celle de notre déménagement (3 camions). Nous avons un grand garage mais la voiture couchera dehors. Quand je pense que toutes nos collections auraient pu meubler un musée qui aurait pu s'agrémenter d'une auberge de gastronomie périgourdine! N'y pensons plus, tournons nos regards vers le sud et rapprochons nous des Pyrénées, du pays de Casteret. Nous voilà à Marmande, dominant la Garonne; ayant emporté tous mes dossiers je peux poursuivre mon inventaire des cluzeaux de la Dordogne; j'y travaille dans de meilleures conditions. Je dois revenir de temps en temps en Périgord pour parfaire cet inventaire et Saint-Pardoux reçoit souvent ma visite: 15 explorations cette année là y compris les souterrains inclus dans le programme du congrès de la SFES à Souzay, sur les bords de la Loire. J'y retrouve alors mon ami Marc Leterreux, acien secrétaire de la SFES, avec qui nous aurons désormais des échanges quotidiens par internet. Le souterrain de La Roche Clermault est notre principal sujet d'étude.

2006 - J'effectuerai cette année là 31 explorations souterraines, particulièrement autour de Mareuil, mais aussi en Lot-et-Garonne, mon nouveau champ d'investigation, en  Gironde et en Touraine.

2007 - Douze explorations dans les départements: 24, 46, 47, et 86 (congrès de la SFES). Je poursuis ma recherche de la Chouette d'Or (voir ce chapitre) que Max Valention a enterré quelque part en France en 1993. Il faut déchiffrer 11 énigmes qui en forment une douzième. Les grottes et les cluzeaux me voient moins souvent mais mon tome 5 est paru; il est énorme (444 pages); c'est l'inventaire de tout l'arrondissement de Nontron. Nous fêterons cette parution à Ribérac, chez Jean-François Ténès qui possède un très beau cluzeau géométrique soumis à ma règle 26.

 

2009 - Cette année là j'adhère à une nouvelle association de La Tour Blanche, très dynamique, où je présente une conférence. A cette occasion le monde souterrain reçois à nouveau ma visite dans des carrières et cluzeaux de cette région. Marc Delluc nous présente sa suberbe grotte de Cussac "Le Lascaux de la gravure" que je visite avec un autre Marc (Leterreux). Avec Philippe Lecamus nous effectuons aussi la visite et le plan d'un intéressant souterrain à Mialet. Nous allons voir également le "Trou Croisé", petite grotte ornée de belles gravures cruciformes avec Serge Letourneur qui me restitue ma maquette de cluzeau après la fermeture, malheureusement définitive, du Musée de la Spéléologie des Eyzies, à cause du vandalisme. Je confierai cette maquette à Jean Max Touron qui va la restaurer et l'installer dans l'un des sites qu'il a si bien aménagés. Et nous revoyons au passage les souterrains du château de Lamonzie (et leurs sculptures).

 

2010 - Nous visitons la superbe crypte de l'église de St Orse avec Philippe Devaux, le chercheur local et nous conduisons Pierre Bellemare dans la motte creuse de Tourliac et ses silos à grains. Enfin nous recevons 100 personnes dans le cluzeau de Cercles (par petits groupes) lors d'une journée d'archéologie organisée par l'association de La Tour Blanche. Ils fouillent une batterie de silos près de ce cluzeau.

 

2011 - Nous participons à un colloque de troglodytisme à St.Martin-le-Viel, dans l'Aude, près de Carcassonne. Nous participons au Congrès de la SFES à Villeneuve-sur-Lot Et nous préparons le Congrès de Ribérac.

 

2012 - Cette année là je participe au tournage d'un film vidéo dans le souterrain de Beaumont pour ses gravures cruciformes.

 

2013 - Après une année de préparation, nous organisons le congrès de la SFES à Ribérac. Une réussite avec l'aide de J.F. Ténès.

14 souterrains visités. De nombreuses conférences et beaucoup de spécialistes venus de toute la France en Périgord.

 

2014 - Cette année là nous sommes sollicités par la Municipalité de Villefrance-de-Lonchat pour explorer et identifier des souterrains découverts lors de travaux municipaux. Il s'agit d'un système antique de réseau d'adduction d'eau: fontaine, aqueducs, puits, citernes, et lavoir. Enfin la mairie de Terrasson nous demande nos conseils pour aménager pour le tourisme quelques souterrains situés sous l'ancienne ville. Il s'agit de souterrains très particuliers destinés au stockage alimentaire. Ils sont une dizaine et l'un  d'eux est déja aménagé.

 

A suivre ...



19/02/2006
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